blog de Joachim, du balai Joachim, du balai ! humeurs poétiques de Jack, Simon, Arthur, Moris et autres moins connus
C'était un après midi d'échouage sur la grève en zinc.
J'avais croisé le vieil indien; je ne le croisais pas souvent mais toujours pour de bon. Cette fois-ci, je n'avais pas particulièrement envie de m'enliser sur le sable mou et détrempé de la plage
attendant l'inexorable trop plein d'écume que la marée montante amène. J'ai malgré tout accepté l'invitation. Nous nous sommes parlé comme deux vieux sorciers chacun fouillant dans les tréfonds
de l'âme de son interlocuteur en espérant trouver la faille salvatrice où la parole pourrait entamer la guérison attendue. El viejo indio me dit alors que j'allais commencer à écrire. Ce
serait au début quelque chose de presque insignifiant, pas grand chose mais que c'était là le chemin que je devais tenter de suivre. J'ai suivi ces conseils en me souvenant de ce balbutiement resté sans suite. J'ai repris le fil appréciant le bien que cela m'apportait.
Je vis quelques fois dans les mois suivants el viejo indio, sans échanger particulièrement de paroles, mais ce matin, je le surpris, là à côté de moi, accroché au jus noir du réveil. "Empezé a escribrir" lui ai-je jeté juste avant qu'il finisse son café. Il sembla satisfait de me voir suivre son conseil et me parla de ces efforts à écrire également. Il éprouvait semble-t-il de la difficulté à retenir les idées fugaces du quotidien. Il me raconta alors l'histoire de cet écrivain américain qui s'était retiré dans son village natal au Mexique et de son habitude, au beau milieu d'une conversation, de « vomir » une remontée soudaine de mots et d'idées dans un petit magnétophone de poche. Cela l'avait marqué, môme. Il me salua et me souhaita de bonnes fêtes. Je lui ai renvoyé la pareille. L'heure suivante je me remis à écrire espérant lui dire la prochaine fois : "Sigo escribiendo"