blog de Joachim, du balai Joachim, du balai ! humeurs poétiques de Jack, Simon, Arthur, Moris et autres moins connus
Il ne fallait pas trop chercher la raison pour laquelle Moris s'obstinait à s'assoir dans cet endroit. Rien ne l'y invitait à vrai dire. Peut être cette sensation de bien être insondable, et incompréhensible pour la majorité de gens. Une sorte d'élan irrépressible. Faut dire qu'au milieu du bruit et de la fumée, l'endroit ne se prêtait vraiment pas à la halte méditative. Allez savoir ! Moris paraissait joyeux, les jambes croisées tranquillement, au milieu de cette furie mécanique, les yeux grand ouverts pleins de d'éclats de ciel, le sourire désarmant. D'autres auraient préféré un bout de table tranquille, un coin de sable fin sur une plage idyllique; mais non c'était là son petit endroit de bonheur. Cela sentait l'huile brulée et la sueur auquel s'ajoutaientt quelques relents d'hydrogène sulfureux. Ce n'était pas l'enfer certes mais le décor en avait quelques apparences.
Plus la peine de chercher le groupe. Cela faisait belle lurette qu'il avait disparu. Quelque part entre la ville la plus proche et un désert inhospitalier on avait peut être des chances des les retrouver. Quelle idée de toute façon d'organiser une tel voyage ! Quelle idée de se retrouver dans un pareil coin ! Moris n'était pas du type fana des escapades touristiques mais la solitude insupportable de ces derniers week end l'avait convaincu et quitte à abdiquer de ce royaume du dédain solitaire autant aller jusqu'au bout, à l'extrême de la gageure touristique, la visite d'un usine !
Bon Moris, n'était pas du genre bavard ni encore moins sociable. Je ne pourrais pas dire désagréable non plus, mais quand au beau milieu de la visite ennuyeuse, la panique s'invita sans prévenir désorganisant tout, Moris semblait plutôt agréablement surpris; Cette nouveauté l'enchantait, et le risque n'était finalement qu'un léger rehausseur de goût pour un plat qu'il n'aurait de toute manière consommé que par extrême nécessité On évacua l'usine à cause d'un incendie plus du tout contrôlé, mais Moris s'enfuit dans une allée gardée par des silhouettes d'un autre temps, enchainement improbable de corps métalliques, d'engrenages étranges, de courrier et de chaines.
La crise avait depuis longtemps frappé ce secteur de l'économie locale. l'usine d'embouteillage ne servait plus vraiment ni de coups à boire dans les bistrots du pays, ni de rôle économique majeur dans la région, mais bien plutôt des discours stéréotypés d'un passé révolu faisant référence à une période faste d'un entreprenariat prospère et paternaliste à des touristes nostalgiques d'une image surannée d'une France disparue. Mais ici on savait encore se raconter des histoires à travers des portiques de cartes postales et des musées thématiques...(à suivre)