blog de Joachim, du balai Joachim, du balai ! humeurs poétiques de Jack, Simon, Arthur, Moris et autres moins connus
Moris ce matin se levait avec ce goût amer qu'il connait-si bien. Qu'importe le programme
du jour, il en connaissait déjà les grandes lignes. La promesse de souvenirs, d'illusions répétées glouppissantes, là comme
d'affreux monstres grattaient à la porte de son lit. Il aurait aimé que les choses soient simples, mais son esprit confus maltraitait son corps; cette confusion des genres était devenu
insupportable. Il lui semblait si difficile de s'élever. Ce visages qui défilaient, chrysalides éternelles, rendaient le printemps si douloureux. Il aurait aimé trouver les mots pour dire, pour
bâtir ces ponts, mais il avait ces « doigts couperets » qui blessent dès qu'ils s'approchent de ce qu'il désire. Moris, Edward ou Joachim qu'importe le prénom.
Puis il y avait ce mensonge permanent, celui de l'enfant blessé, blotti dans son coin, bousculant les affaires dans un accès de rage, criant au monde sa haine et sa colère. Rien ou presque ne laissait de l'extérieur paraître de cette blessure profonde. Il n'y avait que lui pour la sentir confusément comme un danger immense. Les mots pour Moris étaient encore des prisons redoutables, des joujoux du paraître, des cache misère de sa solitude. Il aurait voulu vomir ceci sur la page, comme on extirpe une tumeur que l'on examine froidement. Mais la blessure semblait insondable. Il en la ressentait l'existence que par intermittence, suivant les mouvements du destin, les départs non attendus qui par un geste malencontreux provoquaient une pression indésirable. Alors de nouveau l'hémorragie se réveillait. Il voulait vivre, mais cette blessure mal placée l'handicapait en permanence, et Moris se résigna encore ce matin là à cette économie moribonde des sentiments.