blog de Joachim, du balai Joachim, du balai ! humeurs poétiques de Jack, Simon, Arthur, Moris et autres moins connus
Moris ne comprenait pas la constance de cette douleur car il sentait qu'au fond de lui, après ce grand désert, il v avait cet oasis qu'il espérait. Combien de fois s'était-t il perdu dans cette étendue sans fin, errant affamé et assoiffé, pleurant de désespoir dans la nuit glaciale la blessure prochaine des lendemains brulants ? Ce monde vert et doux, captivant et merveilleux était là caché derrière une dune, un de ces foutus amas de sable tous identiques, amoncellement de ces rancœurs et de ces pensées morbides, de ces tours en rond mentaux, et de ses frustrations. A deux pas seulement, il y avait l'eau salvatrice, la fontaine, l'histoire, le début et la fin. Au début de la conception et le corps aimé. Elle n'avait pas de visage ni de nom.
Pourquoi fallait-il que toutes ces rencontres se finissent ainsi devant le même constat ? La même évidence qu'il s'obstinait à ne pas voir, les poings serrés et rageurs, que ce n'était pas elle, et que cela ne pouvait pas être elle, car il l'avait tuée déjà. Il y a si longtemps que sa tête avait oublié et que seule la peau de sa main et la paroi de ses cellules gardaient encore le souvenir.
La voilà donc la dernière dune à gravir, le sable se dérobant en permanence à chaque pas. O dieu que cette peine était profonde et Moris connaissait très bien cette souffrance de la vaine quête d'archipels illusoires, des destinations fictives, et l'inévitable amertume des mauvais amers. Pourtant, ce soir, les jambes lourdes et lasses, et le sable brulant sur la paume de la main, la rage au visage devant cette pente arrogante, Moris sentait qu'au fond de lui naissait cette petite respiration imperceptible, ce murmure que le son grossier et lourd du monde agité empêchait encore d'écouter pleinement. Il sentait le souffle de ce corps nouveau et puissant qui ne se résignerait plus, et l'impulsion nécessaire que sa naissance amenait avec lui pour arracher les dernier grains de sable du sommet et hurler au monde son existence.
Mais il demandait de la place pour enfin agir et il était temps de se libérer de ce carcan étroit et se débarrasser de cette vielle peau de la mémoire.