blog de Joachim, du balai Joachim, du balai ! humeurs poétiques de Jack, Simon, Arthur, Moris et autres moins connus
Sur le sentier du parc, au milieu des affairées
courantes, Joachim avait du mal à mettre en route la machine ce samedi matin. Les muscles étaient lourds et atones. Mais cette fois-ci il avait décidé de ne plus faire remorquer la grande
cathédrale par la tête maitresse. Il voulait attendre, attendre que l'envie vienne et que le mouvement naisse naturellement sans injonction, sans violence. Il voulait retrouver cette sensation de
l'adolescence sur le chemin du lycée, le cœur palpitant, la caresse de l'air frais sur ces tempes en sueur et bouillonnantes et respirer à grands flots l'air agressif du petit matin. Les
disgracieuses poussées pneumatiques de ces robots en collants courants le confortait dans son choix. Il n'y avait pas de mépris, et même du respect pour leur effort, mais simplement une
certitude que cela n'était pas son chemin, et cela ne le serait plus. Comme les mots qui venaient s'éclater comme des éclats tachycardes sur l'écran luminescent naturellement sans prévision, il
voulait que son souffle, son corps, ses chevilles s'agitent avec cette même puissance nourrie de cette certitude. Il savait qu'il lui faudrait du temps pour rééduquer ce corps contraint depuis
tant d'années à suivre comme un valeureux petit soldat la voie nasillarde du grand commandement. Du temps pour que s'élève vers le ciel les lignes majestueuses du grand ensemble avec la vigueur
des évidences. Que les arcboutants, les voutes et colonnes s'affirment à la vue de sa conscience et qu'enfin il puisse poser au beau milieu du grand chœur cette chose essentielle qui éclaire les
cathédrales.