blog de Joachim, du balai Joachim, du balai ! humeurs poétiques de Jack, Simon, Arthur, Moris et autres moins connus
C'est un matin, en conception, où le cœur étouffe de grosses
bulles de rancœur. C'est un matin où la ville est belle et apaisante. C'est un matin où les silhouettes titubantes des bourreaux ivres dansant autour du corps fraichement immolé projettent leurs
ombres de géant sur les vieux murs. Le cadavre est encore chaud; quelques heures seulement. On savait son temps compté. Il y avait bien eu du côté de Lunel, semble-t-il quelque agitation
contestataire réclamant à grands corps, cris et battements de tambours la grâce des autorités; No we can't it. Non on ne pouvait rien contre l'inexorable et l'avancée du temps. Son sort en était
jeté. L'assassinat collectif avait été joyeux encore cette fois-ci. Point de place pour le remord, mais au contraire une espérance presque incompréhensible en une nouvelle naissance. La mort
expiatoire entrainait avec elle tous les défauts de la victime. Mais il y avait toujours des nostalgiques, des indécis, des septiques, s'interrogeant sur le bien fondé de la sentence et la
nécessité d'un tel acte. C'était les mêmes qui ne se jetaient pas dans la liesse populaire du nouveau lendemain. Pourquoi celle-ci plutôt qu'une autre, toujours la même, et l'acte barbare répété
avait le goût corrompu des habitudes séculaires, des réflexes conditionnés, et de la dictature d'un vœu collectif non sincère. Car, pour beaucoup, on ne fêtait pas le monde naissant et la
promesse de nouveaux jours, on cachait surtout la peur d'impuissance et de la panique paralysante devant l'opportunité de changement que cette naissance apportait. On s'accrochait désespérément
au vœux standardisés, pavloviens proférés plus ou ou moins distinctement au fur et mesure des premières heures égrenées. On ne savait plus vraiment pourquoi mais on le faisait par peur de perdre
une chance, une chance d'espérer cette fois encore. On aurait aimé embrasser son voisin, ou cette voisine, et lui promettre la fin de ces souffrance et panser ces plaies dans une prière commune
avec les mots justes ce qui traversent et soignent nos chairs meurtries. Mais les mots ne venaient pas, emprisonnés dans notre cage aux sentiments inavouables. On aurait peut être aimé alors
danser saoul au milieu des joyeux et insouciants bourreaux de l'ancienne année, se joindre à cette meute bruyante et alcoolique pour hurler avec elle l'espoir du matin neuf d'une nouvelle année.